Aujourd’hui, 13 août 2016, la laïcité en prend un sale coup

Le 28 juillet, la ville de Cannes passe un arrêté interdisant l’accès aux plages et la baignade aux personnes portant des vêtements dont la définition, bien vague, est résumée par tous les médias et même par une adjointe au maire comme « Burkini ».

Au passage… il s’agit d’un refus de statuer en référé, pas un jugement sur le fond, ce que la plupart des medias, dans leur ignorance crasse de la justice, oublient de préciser. Autrement dit, le juge administratif considère qu’il n’y a pas une atteinte telle aux principes constitutionnels qu’il faille suspendre l’arrêté avant de juger sur le fond. D’autres jugements sur le fond ont annulé ce type d’arrêtés.

[Précision ultérieure : Marie m’a ensuite indiqué que ce premier tweet était un tweet envoyé automatiquement par les services de communication avec un « titre débile » (je cite), elle n’en est donc pas le véritable auteur]

Néanmoins, qu’un maire puisse promulguer un arrêté interdisant

depuis le 28 juillet et jusqu’au 31 août l’accès aux plages et de baignade à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime, ainsi que le port de vêtements pendant la baignade ayant une connotation contraires à ces principes

est à la fois dramatique, digne du grand guignol et signe qu’il y a quelque chose de pourri dans un pays qui se targue encore du qualificatif de République, mais dont les élus se transforment en police des mœurs.

Remercions au moins son adjointe d’avoir la franchise de parler « d’interdiction du burkini »

Analysons donc, mot à mot, cet arrêté, en essayant de lui donner, autant que possible, des définitions juridiques.

Tenue correcte : il n’y a sur Legifrance aucune définition de la tenue correcte. Néanmoins, ayant eu confirmation sur Twitter que je pouvais aller sur une plage cannoise vêtue d’un pantalon et d’un TShirt long pour me protéger du soleil, même me coiffer d’une casquette, je ne vois pas ce qui, dans le burkini, serait incorrect. Le foulard enserrant les cheveux est autorisé par la loi, à partir du moment où il laisse le visage découvert.

Jusqu’à maintenant, la notion de tenue correcte visait à limiter les centimètres carrés de peau découverte, et leur position : halte aux tétons féminins nus, halte au port du maillot en dehors de la plage. On va donc maintenant vers une obligation de se découvrir.

Respectueuse des bonnes moeurs : là on est dans la redondance. Le concept de bonne moeurs englobe l’interdiction d’un certain nombre de pratiques sexuelles en public (voire, dans certains cas, en privé), l’absence de tapage, etc… rien, en dehors de la « tenue correcte » qui puisse être imputable aux bonnes moeurs.

Respectueuse de la laïcité : bien que beaucoup l’oublient, la laïcité a une définition précise, qui est l’indépendance de l’état vis-à-vis du religieux. L’état de favorise aucun culte et garantit à tous la libre pratique de sa religion, dans le respect de la législation.

Le Maire de Cannes peut donc, doit même interdire tout signe religieux visible (et pas seulement ostentatoire) à ses employés municipaux. Il doit aussi garantir le libre exercice de leur religion à tous ses administrés, dans les limites de la loi.

On peut même se demander dans quelle mesure la visite d’un monastère par un maire en exercice ne flirte pas dangereusement avec les limites de la laïcité ?

Promulguer un arrêté qui étend la loi largement au-delà des limites actuelles, surtout qui empêche des personnes privées de pratiquer librement leur religion dans le cadre d’une activité de loisirs, non professionnelle, non salariés, alors que leur tenue est en conformité avec la loi (supérieure aux arrêtés administratifs), et ce à l’encontre d’une religion unique, c’est, tout au contraire, violer la laïcité.

Respectant les règle d’hygiène : là manoeuvre est grossière. Mega-grossière même, mais il aurait tort de se priver, plus c’est gros, plus ça passe. C’est tenter de justifier l’interdiction de ce type de vêtement de bain par rapport à l’interdiction en piscine.

J’espère donc que, sur les plages cannoises ont impose les mêmes règles d’hygiène que dans les piscines, avec le passage à la douche obligatoire avant de se baigner, le trempage des pieds dans le pédiluve, et le nettoyage régulier de l’eau de mer avec des produits désinfectants.

Ridicule ? Oui….

J’espère aussi que les hommes qui portent des maillots longs et large, de type bermuda, sont interdits de plage au même titre que les femmes portant le burkini, puisque c’est le cas, dans les piscines, pour des raisons d’hygiène.

Règles de sécurité : là encore, il faut qu’on m’explique. Ces vêtements de bain sont légers, faits dans des tissus adaptés à la baignade. Ils sont moins collants, moins lourds qu’un vêtement normal, et gêne moins les mouvements en nageant (je le sais, je le rappelle, j’ai la peau qui vire au homard étouffé au bout de quinze minutes, j’ai essayé de nager en Tshirt et pantalon de coton, ce n’est pas si simple que ça, pourtant, à Cannes, j’ai le droit…)

Limitation dans le temps : c’est la cerise sur le gâteau, il faut m’expliquer pourquoi une tenue redevient sécuritaire ou conforme aux bonnes moeurs, magiquement, dans la nuit du 31 août au premier septembre ? Cela prouve bien, tout simplement, qu’aucune de ces motivations n’est réelle…

Tu vas pas me faire chier avec ta religion de terroristes de merde

Voilà, résumé dans un langage contraire aux bonnes moeurs, le fond de l’arrêté Lisnard.

Parce que tout ça, mon bon monsieur, c’est OSTENTATOIRE.

Le but du jeu, il est de se faire remarquer.

En fait, non.

Ce que les ayatollahs de la laïcité comme Lisnard, Valls et consorts ne comprennent pas, c’est que le but du jeu n’est certainement pas de se faire remarquer.

Que ces femmes seraient ravies qu’on les remarque un peu moins, parce qu’avec la « remarque » viennent les insultes, les crachats, les coups (oui, dans la France Laïque et non voilée, on est respectueux de l’autre…)

Le but du jeu est simplement de profiter tranquillement d’une belle journée à la plage en famille, en respectant ce qu’on considère, à titre personnel, une prescription religieuse.

Peut-être que cette prescription religieuse est une mauvaise compréhension du Coran, ou peut-être pas. Dans le respect de la laïcité, ça ne me concerne pas. En rien.

Décider qu’une femme porte un bikini pour se faire remarquer, c’est juger de ses intentions. Et ça, c’est le principe des dictatures, religieuses ou pas. En France, on juge sur les faits. L’intention de commettre un délit n’est pas un délit. Et soyez-en heureux…

Parce que prouver que vous n’avez pas eu l’intention de, c’est mission impossible !

Cela n’est pas du prosélytisme, les musulmans ne sont pas assez cons pour croire qu’il suffit de se promener en burkini pour convertir l’électeur de Lisnard…

Côté hygiène, ça n’a aucun impact sur la propreté de la plage, pas plus que des serviettes de plage qui peuvent avoir traîné n’importe où, des glacières stockées on ne sait où. Et l’hypothèse que ces vêtements seraient moins lavés que les maillots normaux, plus « nids à bactérie » penche dangereusement vers des affirmations sur le « bruit et l’odeur » et la saleté…. Ou, si vous vous souvenez de la Couleur des Sentiments, vous vous êtes certainement indignées de ces patronnes blanches qui interdisaient à leur domestique noire d’utiliser la même vaisselle et les mêmes toilettes à cause des maladies ?

Nan, la motivation est simple : depuis les attentats, quand tu es musulman, tu es, par nature, un trouble à l’ordre public, c’est le tribunal administratif qui le dit.

dans le contexte d’état d’urgence et des récents attentats islamistes survenus notamment à Nice il y a un mois, l’affichage de signes religieux ostentatoires (…) en l’espèce sous la forme de tenues de plage affichant leur religion, sont de nature à créer ou exacerber des tensions parmi les nombreux usagers du domaine maritime, de toutes confessions, qui fréquentent les plages de Cannes au mois d’août, et un risque de troubles à l’ordre public

Sur plusieurs blogs, j’ai lu cette même recommandation, de faire profil bas, de ne surtout pas se faire remarquer.

C’est un peu ce que se disaient les juifs dans les années 30.

Pourquoi ne prendrait-on pas un arrêté interdisant le racisme et l’islamophobie ? Pourquoi « un » signe religieux ostentatoire serait-il plus gênant que les autres ?

Tiens, au fait, le saviez-vous ? Les plus gros fabricants de burkini sont des entreprises israéliennes. C’est là-bas que le concept a été inventé, il a suffit de rallonger légèrement les manches, les jambes et le col pour occuper un nouveau segment de marché.

Lisnard justifie son arrêté comme l’interdiction d’un vêtement qui est l’uniforme de l’extrémisme islamiste.

[Ajout]

Voici les citations extraites de l’article du Monde :

David Lisnard avait ainsi déclaré qu’il ne s’agissait pas d’interdire « le voile, ni la kippa, ni les croix » mais « simplement un uniforme qui est le symbole de l’extrémisme islamiste ». Thierry Migoule, directeur général des services de la ville de Cannes, chargé de l’exécution de l’arrêté, avait également précisé à l’AFP qu’il s’agissait d’interdire « les tenues ostentatoires qui font référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre »

[Fin de l’ajout]

Même plus semblant.

Autant l’arrêté joue avec les mots, ce qui explique qu’en référé il ait été jugé conforme à la Constitution, autant la communication du maire est sans ambiguïté : tu mets un burkini, tu soutiens Daesch.

Là encore, on est dans le procès d’intention. Il existe des centaines de milliers de musulmanes qui veulent être pudiques et qui sont opposées à tout extrémisme, parce que contraire à leur vision du Coran.

Comme, pendant la Seconde Guerre Mondiale, il y a eu des résistants d’extrême-droite et des collabos d’extrême-droite…

Le problème, c’est qu’à force d’ostraciser les gens sans preuve, de décider pour eux de leurs allégeances, on donne du grain à moudre à la violence.

On ne peut pas décider pour les autres de leur allégeance. C’est une atteinte à la liberté de penser, encore plus qu’à la liberté de culte.

Et une précision… les musulmanes qui font réellement allégeance à Daesch ne vont pas à la plage. Parce que, même si elles portent le burkini, elles sont en contact visuel avec plein d’hommes et de femmes « immodestes ».

Pour finir, la baignade, au Maroc, c’est ça :

 

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