Et si on se réjouissait du Brexit ?

En 1991, j’allais à Bruxelles pour préparer un guide sur la mise en place de la libre circulation des biens. Toutes les semaines je prenais le train, je devais avoir avec moi mon passeport et surtout la facture de l’ordinateur portable que mon employeur me confiait, avec un document du genre « carnet en douane ».

Entre 1990 et l’an 2000, j’ai travaillé dans diverses sociétés, audité de nombreuses autres. Même la plus petite des PME, dès qu’elle exportait chez son voisin, de l’autre côté de la frontière, devait faire attention à se prémunir contre le risque de change. Sans même aller jusqu’au risque de change, les conversions de devises entraînaient des frais financiers supplémentaires.

De 1996 à 2001, j’ai travaillé dans un gros projet qui impliquait de voyager très régulièrement dans quatre pays européens. J’avais quatre porte-monnaies, des pièces à foison….

En 2000, lors d’un voyage en Afrique Australe, j’ai découvert que, dans certaines parties du globe, les frontières fermaient la nuit, qu’on devait impérativement passer avant 18h, sous peine de rester sur place une nuit de plus que prévu, ce qui engraissait quelques hôteliers locaux.

En 2001 je me suis installée en Allemagne, sans avoir besoin d’aucune autorisation, la transition de ma sécurité sociale à l’allemande, la comptabilisation des mes points de retraite, tout cela a été extrêmement facile.

Depuis 2006, je travaille au Maroc. J’y suis, du point de vue du contrôle des changes, très privilégiée, étant européenne, mais je dois régulièrement gérer cette contrainte pour ma société, mes « devises » sont mon bien le plus précieux, je me pose à nouveau la question du risque de change quand je fais mes prix (et mes clients touristiques vont se la poser à nouveau, pour des prix souvent affichés un an à l’avance).

J’aime l’Europe.

Pas d’un amour passionné, idéologique, mais avec raison, parce que malgré tous ses défauts, ses abus, son opacité, le « bouzin » a facilité ma vie depuis de longues années, que la création de richesses est supérieure à la perte, que l’Europe de l’Ouest a réussi à vivre en paix, malgré tout, bref, ça pourrait être beaucoup mieux, mais ça pourrait être bien pire.

Je suis désolée du Brexit. Désolée pour les anglais, désolée pour l’Europe et désolée aussi pour mon pays d’adoption qui va subir une vague de contrecoups économiques.

Néanmoins, paradoxalement, je commence à me demander si ce Brexit n’est pas une chance, très coûteuse, certes, mais finalement une opportunité de faire mieux.

Une expérience réelle décourageante

La chute des marchés qui a commencé cette nuit va faire des dégâts graves dans l’économie britannique et chez ses partenaires. Au-delà des chutes de cours, on parle déjà de lourds problèmes pour la Fintech (les start-ups financières qui fleurissent à Londres), de transferts de sièges sociaux, etc.

Même si l’Apocalypse ne se réalise pas, les investissements en Angleterre vont se réduire pendant la période d’incertitude.

Bref, un « essai » grandeur nature qui va prouver aux habitants des autres pays l’incompétence et le populisme des dirigeants politiques qui promettent une sortie de l’Europe sans douleur, sans justifier cela de façon précise.

Dans un autre domaine, le Maroc est beaucoup moins « révolutionnaire » depuis qu’il a vu les printemps arabes tunisiens et égyptiens.

En France, la proximité de l’échéance présidentielle rend pratiquement impossible la tenue d’un éventuel référendum avant la fin 2017. D’ici là, les difficultés britanniques auront sans doute persuadé beaucoup de monde de la réalité des risques…

Une avancée vers une Europe des régions

L’histoire européenne est faite de mariages forcés, suivis parfois de divorces violents. Le Royaume-Uni en est un exemple frappant, avec l’Écosse et l’Irlande scindée en deux, il y a aussi la Belgique, pays bizarre créé de toutes pièces après la chute de Napoléon I°, une Italie dont l’union au XIX° siècle n’a jamais complètement gommé les différences entre les cinq royaumes d’origine, une Catalogne qui ne se sent pas vraiment espagnole, etc.

Un coup d’arrêt aux dénis de démocratie

L’Europe est mal aimée aujourd’hui parce qu’elle est opaque et que les citoyens ont l’impression qu’ils n’ont aucun pouvoir sur les décisions prises à Strasbourg et à Bruxelles.

Pire encore, les référendums refusant le traité de Lisbonne ont été superbement ignorés.

Pas étonnant qu’il y ait un désamour…. Le Brexit le démontre, si l’Europe veut survivre, elle doit impérativement se réformer.

La peur est le meilleur aiguillon des politiques. On peut espérer que le message brutal, violent, envoyé par les anglais soit entendu. (Voir l’analyse à chaud d’Ana Palacio ici http://afrimag.net/ana-palacio-pour-afrimag-brexit/ en anglais)

Et si les politiciens arrêtaient de jouer aux cons ?

L’Europe est aussi mal aimée parce que les mêmes politiciens la rendent responsable de tous les problèmes. J’ai vécu la mise en place de l’euro en Allemagne, sans inflation, tandis qu’en France, les prix explosaient.

Ce n’était pas la faute de l’euro, mais des politiques qui n’ont pas su contraindre les acteurs économiques à ne pas arrondir « toujours à la hausse ».

Les politiques, souvent, ne communiquent que sur les travers (réels et nombreux) de l’Europe, les excès de ses règlements, de sa normalisation, mais s’attribuent tout le bénéfice des aspects positifs, les financements, les facilitations.

Un peu plus d’honnêteté sur la réalité des choses aiderait Monsieur Tout le Monde à aimer l’Europe

Ne pas mépriser les partisans du #Brexit

Particulièrement chez mes amis anglais partisans du « Remain », je ne vois que des commentaires sur le manque d’éducation, d’information, d’intelligence des partisans du #brexit.

Cette attitude me choque. La question n’est pas de savoir si l’autre, en face, est un con ignorant ou pas, mais de comprendre pourquoi il vote différemment. Si on est si intelligent, il doit être possible de l’informer.

De toute façon, la démocratie c’est ça : on a depuis très longtemps abandonné le suffrage censitaire ou l’octroi de la carte d’électeur sur la base d’un test de connaissances. On est toujours le con d’un autre. La démocratie, c’est accepter le choix de la majorité.

Pour le Brexit, la majorité est très claire : deux des pays de l’Union, l’Irlande du Nord et l’Ecosse ont voté avec une majorité écrasante pour le maintien dans l’Europe, les deux autres ont voté avec une majorité tout aussi écrasante (plus de 55%) pour la sortie.

Leurs raisons, de leur point de vue, sont parfaitement valables. Si les personnes âgées ont si fortement voté pour la sortie, c’est sans doute parce qu’elles se souvenaient que « avant c’était mieux », même si le passage de « avant » à « maintenant » a été influencé par plein d’autres choses que l’Europe (Thatcher, les politiques anglais avec les coupes budgétaires et le libéralisme à tout crin…)

On ne peut pas vivre avec des gens qu’on méprise. Partout en Europe, les crises économiques et politiques génèrent peur et repli sur soi. Bramer à tout vent qu’il faut rester européen, solidaire, sans proposer de solutions aux difficultés concrètes ne sert à rien !

 

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