Explications pour Madame Morano

Madame Morano

(vous excuserez la brièveté de cette adresse, j’ai trop peu d’admiration ou d’estime pour vous pour me résoudre à la faire précéder du « chère » que la courtoisie m’imposerait)

votre sortie récente sur la race blanche et la tradition judeo-chrétienne de la France, ainsi que vos protestations ultérieures sur ce qu’on vous reprocherait à tort témoignent d’un niveau de gloubi-boulga intellectuel indigne d’une ancienne ministre de la France et dont la profondeur permettrait de combler quelques déficits budgétaires.

Permettez-moi donc de vous préciser pourquoi, en m’excusant par avance d’être un peu longue. Il n’y a pas d’images, vous allez peut-être avoir du mal à suivre, mais accrochez-vous, ça vaut le coup. Vous pouvez même imprimer ce billet, et vous y reprendre à plusieurs fois, avec un marqueur pour souligner les mots importants.

Utiliser le mot « race » pour différencier des êtres humains est raciste

C’est tellement évident que c’est presque difficile à expliquer. On appelle ça un truisme…

Mais donc, utiliser le mot « race » indique qu’on croit qu’il y a des races. Qu’on se permet donc de discriminer des êtres humains selon des critères assez subjectifs, scientifiquement sans aucune pertinence.

Que le mot existe et soit dans le dictionnaire ne prouve pas l’existence des races… en tout cas pas pour catégoriser des êtres humains.

Il existe des espèces (comme l’espèce humaine) sans race. A l’intérieur de cette espèce,

une race est un groupe d’individus dont les caractères biologiques sont constants et se conservent par la génération

Et c’est bien là tout le problème de cette définition. Car on voit qu’elle peut s’appliquer pour pour différencier des groupes très différents de ceux que vous isolez par la couleur de la peau.

On peut ainsi avoir « la race des petits » et « la race des grands », la race des « bruns » et la race des « blondasses naturelles », la race de ceux qui ont une belle voix de basse et la race des contraltos… la race de ceux qui sont hémophiles, puisqu’il s’agit là encore d’un gène récessif.

La différenciation génétique : un truc d’éleveur de bestiaux à viande

Dans la complexité des combinaisons génétiques, on applique le mot race à celles qui se « voient ». La race charolaise, celle des bergers allemands.

Le mot race a été utilisé pour « classer » les gens à une époque où on ne connaissait rien à la génétique. On l’utilisait allègrement à toutes les sauces, je ne sais plus quel auteur classique parlait de la race espagnole.

Les progrès de la colonisation aidant, on a « chez les blancs » utilisé ce mot pour désigner tout ceux qu’on asservissait, qu’on considérait comme un peu moins bien, beaucoup moins bien, sans âme, etc…

Au XIX°, les naturalistes l’employaient encore souvent, Zola parle plusieurs fois, dans son histoire des Rougon-Macqurt, de « race dégénérée », d’une manière générale, sauf dans l’expression « être racé », le contexte est souvent négatif.

Et savez-vous ce à quoi on fait référence, quand on parle d’avoir de la race ? A des origines nobles, censées transmettre un « sang bleu », une élégance, une hauteur d’esprit et de sentiment particulières à l’aristocratie, qu’on ne saurait trouver chez la basse piétaille.

Si on vous disait que vous manquez de race, sans doute vous sentiriez-vous insultée ?

Le manque de stabilité génétique de l’espèce humaine

En imaginant que les races existent, il faudrait donc arriver à trouver un groupe « aux caractères biologiques constants se conservant par la génération ».

Et là… c’est la merde !

Parce que, voyez-vous, Madame Morano, l’homme a trop ou pas assez de gênes pour cela.

Trop de gênes

Le génome humain compte entre 15.000 et 30.000 gênes. Ça fait un paquet de combinaisons possibles, qui dépassent largement votre entendement (ce n’est pas difficile) mais aussi celui de grands scientifiques.

Arriver à trouver des groupes homogènes là-dedans demande d’aller largement au-delà de la couleur de la peau.

Pas assez de gênes

Pourtant, ces gênes sont très loin d’expliquer la complexité du corps humain. En effet, le patrimoine génétique est très largement complété par ce qu’on appelle l’ADN mitochondrial.

Or cet ADN mitochondrial, transmis uniquement par les femmes, ne se « métisse » pas, comme celui porté par nos gênes (moitié papa, moitié maman), par contre, il mute énormément.

Autrement dit, le truc théoriquement le plus stable dans notre patrimoine génétique a décidé que lui aussi il voulait changer, et il tire son évolution à la roulette à chaque procréation.

C’est cela qui fait qu’au sein d’une même fratrie, on a beaucoup plus de différences entre frères et soeurs qu’entre les pois blancs et violets de Mendel.

Le vocabulaire évolue. Le dictionnaire garde la traces des erreurs passées, on y parle de géocentrisme, de génération spontanée, d’homoncule… pleins de concepts auxquels les hommes ont cru avant les progrès de la science, qui font maintenant hurler de rire à l’exception de quelques évangélistes fondamentalistes un peu attardés, auxquels je ne saurais vous comparer, malgré tout.

Il n’y a pas de « race » blanche, donc, peut-être des ethnies

Malgré la complexité combinatoire de nos 15.000 à 30.000 gènes, des savants ont travaillé dessus, beaucoup aussi sur l’ADN mitochondrial, qui permet de tracer les grandes migrations humaines depuis la préhistoire.

Et là, leurs recherches vont totalement à l’encontre du fantasme d’une « race blanche ».

Car aussi surprenant que cela puisse vous paraître, à vous et à vos semblables qui jugez les autres sur leur apparence (comme si je jugeais votre intelligence sur la base du faux blond de vos cheveux, et pas sur vos propos), la couleur de la peau, des yeux, la forme du nez, le type de cheveux et leur implantation, bref l’ensemble des caractères qui font qu’on est « blanc », « noir » ou « jaune »… c’est totalement secondaire.

Il y a plus de différenciation génétique entre deux villages de la vallée des Abruzzes qu’entre « les blancs » et « les noirs ».

Dixit Luigi Luca Cavalli-Sforza, un très grand généticien et préhistorien italien, dont les livres devraient vous guérir définitivement de vos fantasmes racistes (oui, racistes, puisque liés à la race) et qui travaille sur le sujet depuis des décennies.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de groupes humains.

Que ces groupes humains sont souvent liés à des critères qui incluent, non pas la proximité génétique, mais « familiale », autrefois tribale, aujourd’hui régionale, à laquelle va se mêler de façon difficilement discernable, pour des gens comme vous, toute la culture, les habitudes de vie et un certain nombre de codes et de savoir faire transmis de façon privilégiée.

Autrement dit, de façon plus claire, ce n’est pas sa « race » qui fait l’étranger, c’est ce qu’il a – ou pas – appris de ses parents, de son entourage, l’environnement dans lequel il a grandi.

Et nous passerons discrètement sur l’ostracisme dont ont été victimes les générations d’immigrés blancs et pauvres, dont vous êtes en partie issue, vous qui êtes la petite-fille d’un maçon piémontais, Madame Morano.

Avez-vous donc oublié l’époque où c’étaient les polonais, puis les ritals, les espingouins qui étaient les « bougnoules » inassimilables et mettant en danger la culture française ?

Passons à la tradition judéo-chrétienne

Cela peut vous sembler curieux, mais c’est plus le fait d’accoler « tradition judéo-chrétienne » et « race blanche » qui me fait, personnellement, bondir, que les simples ratiocinations d’une femme de race imbécile…

Parce que ce mot devenu assez récemment à la mode est un hold-up finalement assez ignoble sur l’histoire, la confiscation d’une identité et d’une souffrance millénaire, dans une tentative de faire un barrage contre « l’envahisseur musulman ».

Il n’y a pas de tradition « judéo chrétienne », en tout cas pas au sens où vous l’entendez.

Et si tout le monde a crié « haro sur le baudet » au sujet de votre « race blanche », personnellement, cette assimilation forcée des juifs pour présenter un soi-disant front uni contre l’islam me gêne tout autant.

Rituels et universalité, du judaïsme à l’islam

Je préjuge, bien sûr, qu’en tant que femme blanche née dans une famille lorraine, avec des ascendants italiens, attachée comme vous semblez l’être aux racines religieuses de la France, je préjuge donc, par assimilation ethnique et culturelle, que vous êtes catholique, baptisée, ayant donc suivi un cursus minimum d’instruction religieuse.

Je suis donc désolée de devoir vous rappeler quelques faits que vous avez oublié, pratiquant manifestement assez peu…

  • bien que le Christ ait proclamé ne pas vouloir abolir un iota à la loi (sous-entendu juive), lui et plus encore ses disciples, l’a complètement débarrassée de ses rituels, ce qui change de façon abyssale la pratique religieuse (et donc les racines)
  • autrement dit, grâce à Saint Paul qui ne voulait pas que les nouveaux convertis perdent leur prépuce, les chrétiens ont abandonné tout ce qui faisait la spécificité de la tradition juive, en dehors d’une Bible profondément remaniée, de dix commandements et d’une croyance en un dieu unique qui est partagée par les musulmans

D’un point de vue de l’observance rituelle, qui forge bien plus l’esprit et le comportement que la couleur de la peau, l’islam, avec ses prières quotidiennes, ses rites de purification, ses interdits alimentaires, sa gestion de la cité inscrite dans la religion, est beaucoup plus proche de la religion juive que les trois versions du christianisme.

Mais surtout, le christianisme rompt totalement avec un élément essentiel du judaisme, qui est sa vision raciale de la transmission religieuse. Le judaïsme est une religion donnée à un peuple, transmise au sein de ce peuple par la naissance et quasiment exclusivement de cette façon.

Il existe même une caste particulière, celle des Cohen, les descendants des prêtres, pour lesquels la pureté qui n’est pas seulement spirituelle. Cette pureté se transmet, ou plutôt peut-être entachée par la simple filiation, c’est pourquoi une femme convertie ou fille de convertis ne sera jamais autorisée par la loi religieuse à épouser un descendant de Cohen. Et savez-vous quoi, Madame Morano ? Cette tradition judeo-non-chrétienne est aujourd’hui en vigueur en Israël…

A l’inverse, le christianisme, comme l’islam, posent le principe d’une religion universelle, ouverte à tous, sur le simple critère de l’adhésion et de la foi. Ni blancs, ni noirs, ni jaunes, ni verts avec des étoiles roses, des croyants…

Vous voyez, si par hasard vous avez un minimum d’honnêteté intellectuelle, à quel point il est périlleux, en matière de culture comme en matière de « races », de tracer des frontières précises…

Le juif infâme et l’anti-sémitisme chrétien et européen

Surtout, je n’ai pas souvenir qu’à aucun moment cette Europe chrétienne de race blanche ait en quoi que ce soit valorisé cet héritage juif, bien au contraire (à l’exception lituanienne, qui accueillait d’ailleurs de la même façon les musulmans).

J’ai le souvenir, en vrac, de la rouelle reprise bien plus tard en étoile jaune, du ghetto de Venise, où le mot fut inventé, des interdictions de posséder la terre, des confiscations de biens, des pogroms, des persécutions.

J’ai le souvenirs du sort des juifs espagnols obligés de se convertir après la Reconquista (alors que les royaumes musulmans les laissaient vivre en paix, même si leur statut de dhimmi était moins favorable).

Je n’ai pas le souvenir d’un seul penseur juif religieux cité en exemple par les chrétiens. Ou plutôt, si, d’un seul et unique, expulsé au moment de cette Reconquista, qui passa toute sa vie en terre musulmane, qui fut même invité à la Karawine, cette grande université musulmane à Fès.

J’ai, au XVIII°, le souvenir des noms ridicules donnés aux juifs quand on a voulu les forcer à prendre un état-civil.

J’ai le souvenir d’hommes, de femmes, d’une religion vilipendés pour avoir crucifié le Christ, pour ne pas avoir reconnu le fils de dieu, plus coupables pour cela que les infidèles à convertir.

J’ai, plus récemment, le souvenir de l’affaire Dreyfus, qui réveilla en France le sentiment sioniste, alors que l’antisémitisme au sein de l’armée française était monnaie courante.

J’ai le souvenir de mon père, homme français de race blanche d’origine slave, me racontant comment il avait fait sa première communion pendant la seconde guerre mondiale, une étoile jaune cousue sur son aube de catholique.

J’ai le souvenir de ma grand-mère, paysanne berrichonne pure souche (j’allais dire « pure race »), me racontant en toute innocence comment les juifs mangeaient les petits-enfants, parce que c’est ce qu’on lui avait dit dans sa jeunesse (antisémitisme purement verbal, elle n’aurait jamais fait de mal à une mouche… elle n’a pas fait non plus quoi que ce soit pour aider les juifs pendant la guerre).

Bref, pour résumer, il a fallu la Shoah pour que l’Europe « blanche et chrétienne » ait honte de son antisémitisme et accepte enfin en son sein le petit nombre d’entre eux qui avaient survécu aux massacres et qui n’avait pas décidé de quitter, définitivement, sa terre.

Il a fallu encore plus longtemps pour que l’Espagne s’excuse de l’expulsion des maranes et proposent aux descendants de ces derniers la nationalité espagnole, ce qui est, là encore, une vision très raciste de l’appartenance.

Car voyez-vous, Madame Morano, beaucoup de juifs détestent ce « hold-up » moral qui feraient d’eux les simples précurseurs du christianisme. Beaucoup d’entre eux ont encore une tradition de peur, d’inquiétude, suffisamment forte pour rejeter a priori tout ce qui est catholique ou même simplement chrétien…

La lignée monothéiste

Alors oui, le christianisme tire une partie de ses racines religieuses dans le monothéisme juif. Comme l’islam. Et le monothéisme juif, lui, tire ses racines d’un monothéisme encore plus ancien, celui du Zoroastrisme, la première religion des Perses, qui remonte à près de six mille ans.

La première religion a promettre l’immortalité de l’âme humaine. Bref, sans doute, la religion de ce Melchisédech qui était déjà prêtre du « Dieu Très Haut » bien avant que l’alliance avec Abraham soit faite (Genèse, 15:18 un truc que vous avez dû apprendre au catéchisme).

Donc, voilà le très gros problème à votre argumentation : c’est que votre gloubi-boulga sépare d’un côté ce qu’il rapproche de l’autre.

Si l’Europe a une tradition « judéo-chrétienne » comme vous le dites si allègrement, elle a alors une tradition « zoroastro-judeo-christo-islamique », et donc une tradition d’une religion de « bougnoules pas blancs-blancs » pour résumer selon vos critères.

Parce qu’on le sent bien, que les arabes ne sont pas des blancs..

Ces gens-là avec leur religion de sauvage, ne sont pas comme nous, n’est-ce pas madame Morano ? Sauf que, si on raisonne en terme d’ethnies, de groupes « géographico-culturels », les arabes et les juifs, c’est pareil.

Blanc ou pas… ça dépend du point de vue où on se place, même Hitler s’y perdait un peu, transformant les arabes en aryens tellement il les admirait…

La cerise sur le gâteau, les mots et le contexte

Vous vous êtes donc réclamée – à tort – du Général de Gaulle, prétendant qu’il utilisait le mot « race », ce qui est faux. (Ou du moins, pas en public, ni de façon prouvée).

La seule trace de ce mot est en effet une conversation privée rapportée par Alain Peyrefitte :

C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français !

Au vu de vos élucubrations publiques, j’ose à peine imaginer ce que vous même racontez en privé…

Ce qui est drôle, c’est que cette citation prouve aussi  que le Général de Gaulle, catholique à l’ancienne, connaisseur de sa religion, n’aurait pas apprécié votre référence à une tradition judéo-chrétienne. Vous noterez que, dans la citation d’Alain Peyrefitte, il parle de « religion chrétienne ».

Et quand il fait référence aux israéliens, les héritiers des « judéos » de votre tradition judéo-chrétienne, le terme qu’il emploi, là, parfaitement assumé, dans une conférence publique, est celui de « peuple » et non pas de « race ».

Un peuple d’élite, sûr de lui et dominateur

Soyez cohérente, Madame Morano, on ne peut pas être gaulliste pour un mot et pas pour un autre…

Et l’Afrique « Noire » dans tout cela ?

Je vous cite encore

Quand je vais en Côte d’Ivoire, on parle bien d’Afrique noire et cela ne choque personne.

La première partie prête à sourire, ferait quasiment croire que vous ne connaissez que la Côte d’Ivoire en Afrique ?

Néanmoins, pour en revenir au fond, si, parler d’Afrique Noire choque beaucoup de gens, parce que cela fait référence à une formulation ancienne, issue de la colonisation et du temps de l’esclavage.

C’est pour cela qu’on préfère parler d’Afrique sub-saharienne, ce qui permet de désigner les immigrants et réfugiés par un néologisme à double-sens, de « sub-sahariens ».

D’ailleurs, si vous pouvez me montrer l’Afrique Noire sur cette liste de pays de Wikipedia ?

C’est d’autant plus pertinent que cette Afrique sub-saharienne n’est pas exclusivement peuplée de personnes à la peau noire, pour reprendre votre classification.

Si votre culture historique allait au-delà de citations du Général de Gaulle, elle saurait, par exemple, qu’une large partie de l’Afrique du Sud a été peuplée par des européens, arrivés sur place et premiers colonisateurs du sol avant les zoulous et les San, qu’on appelait autrefois Bochimans.

Néanmoins, si vous souhaitez continuer à parler d’Afrique Noire, peut-être pouvez-vous aussi parler de Dahomey à la place de Bénin, de Côte de l’Or à la place du Ghana, etc… soyez cohérente, assumez vos références !

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Une réflexion sur “Explications pour Madame Morano

  1. Ping : La France est donc un pays de race blanche de tradition judéo-chrétienne, qu’ils disaient… | Lettres du Maroc

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