Les grands de ce monde ont des intentions pures…

Impossible d’ignorer le drame de Mina quand on est au Maroc, j’imagine aussi dans les autres pays, cette bousculade meurtrière a dû faire la une des journaux, au moins quelques heures ?

Elle pose beaucoup de questions sur l’évolution du pèlerinage à La Mecque, sur la capacité de lieux qui ne sont pas extensibles à l’infini à accueillir les millions de musulmans qui souhaitent pratiquer un rituel défini au haut Moyen-Âge, à une époque où la terre était moins peuplée…

Et si je reviendrai peut-être un jour sur certaines interrogations, ce n’est pas tant cela qui m’a réellement choquée, mais un entrefilet, paru très rapidement, où le grand Mufti (très haute autorité religieuse) exonère d’avance le responsable de la gestion du pèlerinage de toute responsabilité.

Qui est responsable ? Le Destin et la Fatalité

Le fait que ce responsable soit, comme tout responsable en Arabie Saoudite, d’ailleurs, membre de la famille royale, plus précisément fils du roi lui-même, n’a sans doute strictement rien à avoir avec cette exonération immédiate.

Il se susurre, en effet, qu’en réalité, le prince Salman serait doublement responsable.

D’abord, simplement, en tant que dirigeant des rituels du Hajj. C’est bêta, mais quand on est chargé de quelque chose, on a toujours sa part de responsabilité quand ça merdoie.

Ensuite, parce que selon certains échos, ce serait le convoi du prince, venu voir comment ça se passait, qui aurait perturbé les choses. Dame, un prince ça se déplace entouré de sa suite et de sa garde, dans ses grosses voitures, ça ne se mélange pas à la foule…

Bref, il y aurait eu une modification du trajet initialement prévu, d’où incompréhension de ces « cons de pèlerins qui ne parlent pas arabe et ne suivent pas les instructions des services de sécurité, d’où carambolage et morts ».

La formulation, qui est de moi, est bien entendu à prendre au troisième degré. Le seul mépris qu’elle exprime est à l’égard de personnes qui ont l’indignité de rendre les pèlerins responsables…

Pour comprendre à quel point cette « excuse » est méprisable, il faut savoir que :

  • effectivement, de très nombreux pèlerins ne parlent pas du tout ou très mal arabe (comme en France, à l’époque du Moyen Âge, seuls les prêtres et l’élite parlaient arabe)
  • le pèlerinage est extrêmement codifié, les pèlerins suivent des cours et apprennent avant le départ les gestes qu’ils doivent faire, les chemins qu’ils doivent suivre, etc.
  • la concentration humaine est faramineuse, de l’ordre de 5 à 6 personnes au mètre carré, la même chose qu’une rame de métro aux heures de pointe

Donc personne dans cette foule n’a la liberté de ses mouvements. Chacun ne peut que se laisser porter par le flot…. Imaginer qu’un pèlerin peut obéir à des instructions de sécurité qui lui disent d’aller à droite quand le flot doit aller à gauche, ne pas comprendre que tout changement d’organisation de dernière minute est dangereux parce que de très nombreuses personnes ne vont pas le comprendre, c’est tout simplement « irresponsable ».

Mais, puisqu’il s’agit du fils du roi, on préfère parler de destin et de fatalité…

Démocrate, mais « Prince »

Les hasards de l’actualité ont voulu que je tombe en même temps sur cet article de Yabiladi parlant du prince Hicham.

Moulay Hicham est un personnage que j’apprécie peu, depuis longtemps. Ce cousin du roi aurait bien voulu être roi à sa place, et faute de se trouver une occupation utile au Maroc pour aider son cousin à développer le royaume et le faire évoluer, il préfère se répandre en critiques apocalyptiques sur le pays, tout en vivant bien tranquillement aux États-Unis.

Celui qui aime se faire appeler « Le Prince Rouge » alors qu’il habite dans un luxueux manoir de la banlieue de Boston ne jure que par la démocratie – ce qu’on ne peut pas lui reprocher.

Ses thèses sur la mauvaise situation du Maroc font les délices d’une certaine intelligentsia, celle justement qui écoute avec bonheur Nicolas Beau et Catherine Graciet annoncer la transformation du Maroc en un état islamique…

Mais démocrate ou pas, on ne saurait supporter d’être critiqué, et mis en face de ses contradictions. Alors que la plupart des grands de ce monde on la décence de ne pas attaquer les livres écrits contre eux, sauf s’ils tombent dans l’ordure, Hicham El Alaoui n’a pas cette retenue.

En effet, la plainte contre Ali Amar, auteur d’un livre très critique à son encontre, est déposée au nom du prince, Moulay Hicham. (Moulay est un titre honorifique qui veut dire Prince, dont l’équivalent féminin est Lalla).

Rappelons qu’en France, pays qui pratique la démocratie appelée de tous ses voeux par Moulay Hicham, la noblesse a été abolie par la révolution. S’il est toujours possible de porter un titre de noblesse, il faut, pour cela – et c’est valable aussi pour les titres étrangers – le faire enregistrer auprès du Ministère de la Justice.

En dehors de cette enregistrement, un titre de noblesse n’a pas plus de valeur en France qu’un pseudonyme de clown, celui qui l’utilise peut d’ailleurs être poursuivi en justice…

Toute la question est donc de savoir si Hicham El Alaoui a jugé bon de faire enregistrer son titre dans un pays où il ne réside même pas ?

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