Le Maroc est (presque) islamiste et ce n’est pas une catastrophe

Donc les élections marocaines ont été une victoire pour le PDJ, le parti islamiste déjà au gouvernement depuis les élections de 2011. Et on continue à bien vivre dans le pays !

La victoire du PJD est claire mais pas totale

Oh, bien sûr, comme dans toute élection locale (on votait à la fois pour les communales, les régionales et les élections professionnelles), chaque grand parti a une façon de faire croire qu’il n’a pas perdu, la répartition des voix ne se traduisant pas directement en sièges.

Mais la réalité est là : les plus grandes villes du pays, à commencer par Casablanca et Rabat, les deux capitales du pays (si Rabat est la capitale officielle, Casablanca est le coeur économique du pays), les grands centres touristiques que sont Marrakech et Agadir, mais aussi Tanger, Fès, Meknès… sont tombés dans l’escarcelle du PJD.

Le taux de participation, sans être extraordinaire, est plutôt bon (53,6%) et les fraudes électorales et les incidents déclarés sont plutôt moins nombreux qu’aux précédentes élections, malgré les cris de l’opposition qui prétend que les élections étaient truquées et que les sangliers avaient mangé une cochonnerie.

Troisième parti en nombre de voix, le PJD est le premier parti en nombre de villes importantes.

En nombre de sièges, les résultats sont différents selon qu’on regarde les élections régionales (le PJD est premier avec 25% des sièges) ou les élections locales (le PJD arrive troisième avec 15,9%)

Le refus de la corruption et de l’inefficacité avant tout

Tout autour de moi, c’est ce que j’ai entendu : le refus de la corruption, des vieux partis qui ont perdu la confiance des marocains, en partie à cause des alliances contre-nature, des coalitions improbables comme celle de Casablanca.

En effet, la capitale du pays est aujourd’hui dans un état indigne de son importance économique. Le Roi s’est emporté plusieurs fois, a changé le Wali (responsable administratif qui est un peu l’équivalent du préfet), qui a dû, pour faire avancer les choses, court-circuiter le conseil communal.

Les marocains ne votent pas PJD parce qu’ils sont islamistes et qu’ils veulent un retour de la charia.

Ils votent PJD en réaction à l’incapacité des autres partis à être dignes de leur confiance. Et, paradoxalement, c’est sans doute la réussite du PJD aux affaires publiques, si elle a lieu, qui les poussera vers plus d’Islam.

Tous contre le PJD ?

Les autres partis, justement, ne semblent pas avoir compris le message des électeurs marocains.

Comme lors des élections de 2011, les autres partis ont annoncé une sorte d’union sacrée contre les islamistes, refusant toute participation aux conseils communaux ou aux régions avec les islamistes.

C’est ce que rapport le Monde dans son article sur les élections :

Le numéro 2 du PAM, Ilyas El-Omari, a assuré que son parti et les autres formations de l’opposition, dont le PI, parviendraient à diriger, grâce au jeu des alliances, « huit régions sur douze, contre seulement quatre au PJD ».

C’est clairement faire la sourde oreille.

Ce plus, ces coalitions sont exactement celles qui ont entrainé la paralysie du conseil communal de Casablanca et la détérioration très graves des services de la ville.

Un des très gros problème de la politique marocaine, c’est l’élection proportionnelle. Comme en France sous la III° République, elle conduit à une sorte de paralysie du politique.

Or les marocains souhaitent voir le PJD vainqueur aux élections, en tant que parti.

Au niveau purement local, particulièrement dans les petites communes, comme en France, les résultats sont aussi liés à la personnalité des candidats, à leur attachement aux familles locales, c’est nettement moins vrai dans les grandes villes et les régions.

Lors des élections de 2011, la coalition de tous les partis contre le PJD avait subi une défaite cuisante, puisque le PJD avait remporté une importante majorité à la chambre des députés, avec 107 sièges, soit 47 de plus que le second parti l’Istiqlal.

Quel avenir politique pour le Maroc ?

Le PJD est maintenant confronté aux réalités de la gestion municipale, avec de grands défis.

C’est clairement un risque et une opportunité.

Au gouvernement, la réussite du PJD n’est pas éclatante. Sa législature est marquée par la crise mondiale, l’impact psychologique sur le tourisme marocain du terrorisme islamiste ainsi que par des réformes indispensables et difficiles, toujours pas bouclées, comme la réforme de la Chambre de Compensation (un mécanisme de subvention des produits de base) ou la réforme des retraites.

Ce n’est pas un échec, et les autres partis n’avaient pas fait mieux. On va simplement dire que le contexte n’aide pas.

Aux municipales c’est différent. A l’échelle d’une ville tout est possible.

Si le PJD réussit là où les autres partis ont échoué, particulièrement dans des municipalités très visibles, comme Casablanca, s’il sait négocier avec intelligence entre islamisme et réalité touristique dans des villes comme Agadir, il aura alors fait la preuve de sa capacité aux affaires, et partira avec un très gros avantage pour les prochaines élections législatives.

A l’inverse, s’il échoue, il fera la preuve que l’honnêteté n’est pas suffisante pour gérer un pays, et le jeu des partis repartira de plus belle.

Un printemps arabe timide mais durable ?

C’est finalement la réflexion que je me faisais : on a souvent dit que le Printemps Arabe avait échoué au Maroc.

Pourtant, aujourd’hui, c’est le seul des pays marqué par cette « Révolution » qui porte encore au pouvoir, dans un processus électoral calme et tranquille, un parti islamiste.

A se demander si les meilleures révolutions ne se font pas, justement, sans révolution.

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